Avignon Tremplin Jazz, un anniversaire XXL


Les amateurs de jazz devraient se souvenir longtemps de la 20e édition d’un festival qui mêle avec bonheur la découverte gratuite de jeunes talents et la présentation de têtes d’affiche, tant l’association qui œuvre à son organisation a cassé sa tirelire pour cet anniversaire.
L’ouverture se fera en beauté (02/08) avec la projection d’un documentaire de Bernard Fèvre sur Chet Baker suivi du concert de Stéphane Belmondo, que le légendaire jazzman avait adoubé à ses débuts en l’invitant à jouer avec lui. Pour l’un des plus brillants interprètes de la trompette et du bugle, ce concert sera l’occasion de revenir en Vaucluse où il a enregistré son dernier album, au studio de la Buissonne. Il sera accompagné du même trio que sur ce The same as it never was before : Kirk Lightsey, Sylvain Romano et Billy Hart.
Après les deux soirées consacrées au tremplin européen avec six formations venues de France, Belgique, Hollande et Allemagne (03 et 04/08), le festival fêtera le retour d’Aldo Romano, batteur incontournable de la scène française (05/08), avec un hommage à une autre étoile, Don Cherry, que célèbre son dernier album, Complete communion to Don Cherry. Là aussi, les musiciens de l’enregistrement, Henry Texier, Géraldine Laurent et Fabrizio Bosso, seront de la partie. S’il n’est pas nécessaire d’en rajouter sur la venue d’Érik Truffaz (06/08), véritable star du moment, le concert du prodige cubain Harold Lopez Nussa (07/08) devrait constituer un magnifique bouquet final. Né dans une famille de musiciens de La Havane, il a été reconnu par ce monument du piano qu’est Chucho Valdès : « Ce jeune pianiste est à l’avant-garde d’une nouvelle génération de musiciens. Il possède un son subtil, des idées brillantes et un style musical unique ! » Et pour que la fête soit plus belle, son quartet bénéficiera du renfort de David Sánchez, saxophoniste portoricain à l’éloquent CV : Eddie Palmieri, Dizzie Gillespie, Tito Puente…
Au-delà du plaisir d’offrir cette spectaculaire programmation, Jean-Michel Ambrosino, président du Tremplin Jazz Avignon depuis 2008, préfère tirer un coup de chapeau : « Je voudrais rendre hommage aux créateurs du festival. Derrière l’esprit associatif qu’ils ont insufflé, il existe une vraie histoire d’amitié et la recherche d’une grande qualité musicale. Je leur dois beaucoup, car j’ai découvert le jazz grâce aux concerts du tremplin, et ma première grande émotion fut pour Stéphane Belmondo. » La boucle semble donc bouclée. Venez nombreux pour souffler les bougies !

Renaud Bertoli

XXe Tremplin Jazz Avignon, du 2 au 8 août, cloître des Carmes, Avignon. 

Paru dans Prosper, le Magazine culturel, Vaucluse, Avignon, Drôme provençale, Alpilles. N° 26, juillet, août, septembre 2011.

Chorégies d'Orange, 2010, l'heure des bilans

Millésime de tous les stress pour les organisateurs, 2010 est en contrepartie une bonne année sur le plan financier : la fréquentation de Tosca et, plus inattendue, celle du concert lyrique –ont permis de compenser le manque de spectateurs de Mireille.
Les Chorégies qui doivent s’autofinancer à 80%, année après année, pour assurer leur survie n’ont pas droit à l’erreur de programmation, ce qui leur laisse peu de liberté. Pourtant le risque de présenter Mireille, cet Opéra mal connu de Gounod, a été pris. Ce fût une réussite artistique, saluée par la critique mais boudée par le public : deux soirées et 4.000 spectateurs à chaque fois, soit 50% seulement des places vendues. Les deux représentations de Tosca se sont jouées à guichets fermés et la surprise vient du concert lyrique ( Nathalie Dessay, Juan-Diego Flores) qui a fait le plein.
35.890 spectateurs générant 3.443.150 euros de recettes de billetterie ont permis de monter le taux d’autofinancement à 81%.
Côté accumulation de difficultés, le directeur général des Chorégies, Raymond Duffaut, avoue « trouver plus facile de remplacer au pied levé un chef, un chanteur qu’un disjoncteur ». Au delà de la boutade qui concerne l’annulation de la répétition générale de Mireille et l’évacuation du théâtre pour panne générale d’électricité, on imagine les répercussions de cet « incident » s’il avait eu lieu le soir de la première de Tosca avec la retransmission télévisée en direct… Pauvre Mireille, la répétition précédente avait déjà été annulée pour cause d’orage… La première représentation qui a eu lieu avec si peu de préparation a été, un moment, perturbée par une averse et pourtant, ce fût une réussite! La seconde, elle, s’est enfin déroulée sans anicroches. Mais ce n’est pas tout : il a fallu remplacer, in extremis, le chef d’orchestre pour la répétition générale de Tosca et trouver un remplaçant à Fazil Say, pianiste du concert symphonique…
Gageons que 2011 sera une année d’un calme parfait ! Année consacrée à Verdi avec Aïda et Rigoletto, Aïda en co-production avec le festival de Massada en Israël : réalisation identique de Charles Roubaud et deux distributions différentes.
Le bilan est aussi artistique et pour un millésime où les jeunes chefs ont eu la part belle, on ne peut que saluer le talent de : Mikko Franck dans Tosca, Alain Altinoglu dans Mireille et Kwame Ryan dans le concert symphonique.

Anne Simonet-Avril, septembre 2010