Le 1er et le 4 août derniers, les Chorégies d’Orange clôturaient leur édition 2009 par deux opéras donnés le même soir, avant de s’envoler vers Balbek, en Syrie, où une collaboration reportée en 2008 avec le festival de la ville, allait enfin être inaugurée avec une représentation de la Traviata.
Cette jolie expression populaire s’applique si bien aux représentations de Cavalleria rusticana de Mascagni et de Pagliacci de Leoncavallo, que je n’y résiste pas. Et pour tant de bonheur, il faut bien des réussites menées de front, tressées ensemble pour ce moment unique.
D’abord, une merveilleuse direction musicale de l’orchestre National de France par un Georges Prêtre, étonnamment jeune; puis une distribution idéale des rôles-titres avec la bouleversante Santuzza de Béatrice Uria-Monzon et l’extraordinaire baryton Coréen, Seng-Hyuon Ko dans le rôle d’Alfio : deux interprètes avec une présence scénique remarquable. La star Roberto Alagna habitait bien son rôle de Turridu, et, comme tout grand séducteur, cherchait et trouvait, parfois, la voie la plus facile… Mais on ne lui en voudra pas : il y a tant de plaisir à se laisser séduire.
La mise en scène utilisait bien tout le plateau, certes au prix de marches forcées pour Santuzza et avec quelques processions ecclésiastiques un peu kitsch en fond de scène, mais finalement cette évocation de la Sicile en noir et gris fonctionnait bien, avec des chœurs qui savaient bouger et occuper cet espace gigantesque.
Ce fût bien difficile de se reprendre, de faire abstraction de ses émotions, d’ oublier ce bonheur, en un mot de faire place nette, pour entrer dans Pagliacci. Est-ce une bonne idée de donner les deux opéras en une seule soirée ? Pas sûr…
En tout cas, ce fût étonnant de découvrir un espace presque intime, de voir se construire un petit cirque sous nos yeux exactement comme le font les circassiens avant chaque représentation. Le parti pris des costumes : couleurs acidulées et jupes en corolles des années cinquante pour des chœurs créant et défaisant un deuxième cercle autour de la piste était bienvenu. Toujours extraordinaire, le baryton coréen ( finalement la révélation de la soirée !) clown tout de noir vêtu ! Le duo Roberto Alagna, Inva Mula m’a paru moins bien accordé que celui du premier opéra et la voix du ténor parfois un peu métallique. Le drame pourtant court m’a cependant semblé avoir quelques longueurs… Ou était-ce la fatigue et la difficulté de se concentrer ? Il me reste néanmoins de belles images du désespoir d’un Alagna grimé en clown blanc.
Et puis j’ai flotté dans le bonheur cette nuit-là et tout le jour suivant ; ça chantait, tout seul, dans ma tête. Que du bonheur !
Anne Simonet-Avril, paru dans le numéro 20 septembre-octobre 2009.

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