En 2010, les Chorégies font des miracles


Robert Fortune, le metteur en scène
Rosalie Varda, la costumière
 et Raymond Duffaut, le directeur du festival,
entourés des  interprètes de Mireille

Quand les partitions volent, volent au vent et que les notes s’envolent, quand les averses d’été s’abattent et que la technique est mise à mal, restent les artistes qui font face et réussissent à nous enchanter envers et contre tout.
On se souviendra, lors du concert lyrique du 17 juillet, d’un Juan Diego Flores découvrant Orange dans les bourrasques et la poussière… Angoissé en tout début de récital, il fût merveilleux dans la deuxième partie et dans le duo de la « Fille du régiment » interprété avec Nathalie Dessay qui s’est battue contre le mistral pour sauver ses partitions, sans oublier de minauder et sans que ses vocalises ne s’en ressentent. « Voyons, écoutons et jugeons » chantait-elle : Eh bien bravo Madame! Vous avez su nous charmer au milieu des éléments déchaînés.
Après quarante ans d’absence à Orange, le Mireille de Gounod a débuté comme un authentique parcours du combattant : annulation des deux répétitions, évacuation du théâtre antique lors de la Générale, averse –heureusement passagère- lors de la première représentation, et pourtant, ce fût une belle Mireille avec un parti pris esthétique tout à fait réussi : le choix du costume arlésien épuré tel que Léo Lelée l’a peint, belle gamme de couleurs pour faire vibrer les farandoles, moires superbes pour les costumes de Mireille : le travail de la costumière, Rosalie Varda, était de toute beauté. La qualité des images projetées sur le mur du théâtre, évoquant la silhouette d’Arles, les carrières du Val d’enfer, dessinant les roseaux dans le vent… a su créer une atmosphère poétique, animée par belles variations de lumière pour suggérer le passage du temps et la vie de la nature. Quelques objets symboliques : un panier de vannier, quelques bottes d’osier, une charrette, suffisaient alors pour évoquer une Provence toute de légèreté avec quelques moments d’intensité poétique ou dramatique particulièrement réussis. La mort d’Ourrias, qui semblait interminable dans la version proposée par l’Opéra de Paris, est devenue ici, dans le frémissement de roseaux, le lever de lune et le sol devenu étonnamment mouvant un moment d’un rare beauté plastique et d’une grande intensité dramatique.
Il faut saluer la performance -elle est en scène presque sans interruption- de Nathalie Manfrino dans le rôle titre. Une seule réserve : elle est, peut-être, un peu trop lisse pour être cette flamme qui se consume depuis le début… Florian Laconi, était un parfait Vincent : l’amoureux rêvé. Le baryton, Frank Ferrari manquait un peu de puissance dans le rôle d’Ourrias. Etonnante Taven, Vincenette tout à fait juste…
Oui, c’était une belle Mireille, une aimable transposition du temps jadis, sans mièvrerie aucune : Mistral aurait aimé.

Anne Simonet-Avril, septembre 2010

Chorégies d'Orange, Tosca 2010


Nadine Duffaut, la metteur en scène,
entourée d'une partie des interprètes
 - dont Roberto Alagna à sa gauche -
et de l'équipe de réalisation.

C’est devant un immense tableau représentant la marquise Attavanti que se sont produit les 15 et 17 Juillet le ténor vedette Roberto Alagna (dans le rôle de Mario Cavaradossi) et deux nouveaux venus sur la scène orangeoise : La soprano américaine Catherine Naglestad dans le rôle titre de Tosca et le baryton basse allemand Falk Struckmann dans celui de l’ignoble Scarpia.
Au pupitre, le chef finlandais Mikko Franck, a su nous donner une version magistrale de l’œuvre de Puccini, en osmose totale avec un orchestre philharmonique de Radio France au meilleur de sa forme, faisant ressortir toutes les nuances de la partition.
Servie par une mise en scène élégante, où dominent le rouge et le noir, la soprano Catherine Naglestad, diplômée du conservatoire de San Francisco, lauréate du concours Maria Callas et invitée à se produire sur les plus grandes scènes lyriques, interprète avec une grande émotion son personnage de Tosca.
Son Vissi d’Arte, tout en nuance est d’une grande élégance.
Le baryton basse allemand Falk Struckman, qui s’est produit récemment à l’opéra Bastille dans le rôle de Wotan de la tétralogie de Wagner, campe un Scarpia terrifiant avec certes quelque faiblesse dans les aigus mais une grande puissance dans les graves et une présence hors du commun en tortionnaire bourreau.
Enfin pour sa douzième prestation aux Chorégies d’Orange, le ténor Français Roberto Alagna a su retrouver son incomparable prestance et une belle ligne de chant, qui en fait l’artiste lyrique français le plus attachant et le plus populaire.
Ainsi cette Tosca fera date et restera comme un grand moment d’émotion.

Christophe Mazel, août 2010