Chorégies d'Orange, une renommée internationale pour le plus ancien festival de France

Né le 21 août 1869 sous l'impulsion de trois notables orangeois et sous le nom de "Fêtes romaines", le plus fameux festival lyrique de France prend le nom de "Chorégies" au début du XXe siècle, pour devenir en 1971 "les Nouvelles Chorégies" et se consacrer entièrement au lyrique et à la musique classique. Retour sur ce festival exigeant et contraignant avec son directeur depuis trente ans : Raymond Duffaut.

Quels souvenirs gardez-vous de la période où vous n’étiez encore qu’un simple spectateur des Chorégies ?

Une superbe Carmen de Raymond Rouleau, en 1961, avec une distribution française merveilleuse : Jane Rhodes aussi grande interprète de ce rôle que Béatrice Uria Monzon, aujourd’hui, et Gabriel Bacquier dans le rôle d’Escamillo.
 Du côté de ce qu’il ne fallait pas faire, l’exemple qui me reste est celui d’une mise en scène de l’Opéra Comique pour Lakmé, mise en scène plaquée, telle quelle, devant le Mur : ça ne marchait pas du tout !
 Je suis allé à l’Opéra dés l’âge de sept ou huit ans. Je suivais deux voies parallèles : je me destinais à être expert-comptable pour obéir à mon père ( c’est ce que l’on faisait à cette époque) et j’étais critique au Provençal durant mon temps libre. Cela a duré une quinzaine d’années puisque j’ai commencé à dix-neuf ans. Cette première expérience m’a beaucoup aidé dans ma vie professionnelle : je sais respecter la liberté de la presse, la liberté  de la critique. Je déplore simplement qu’un critique qui n’a pas apprécié une œuvre – libre à lui – oublie de dire quand le public, lui, a aimé : ce fût le cas pour Catherine Naglestad dans Tosca en 2010, peu appréciée par la critique mais ovationnée par le public.
J’ai aussi été président des amis du Théâtre à Avignon. Cela m’a donné une autre façon de regarder les choses : savoir être du côté du spectateur, avoir une bonne lucidité, que je pense avoir conservé aujourd’hui. Je dois suivre de près toutes les répétitions, et j’essaye cependant de garder cet œil extérieur, celui du spectateur.

Vous avez donc acquis deux regards différents ?

Je dirais même trois regards différentes qui m’ont conduit à assumer une triple responsabilité : artistique, administrative et financière.

Dialogue, désaccords ou disputes, tout se passe donc à l’intérieur de votre seule tête ?

Tout à fait, c’est avec moi-même que je dialogue ou que je me dispute.
Responsable du budget de production et en même temps responsable artistique, je sais que je dois amender le budget, demander des économies, sans pour autant, altérer le projet artistique. Parfois, il vaut mieux suggérer de repartir sur d’autres bases plutôt que de dénaturer à force, d’enlever, enlever… De cette double responsabilité naît, sans doute, une cohérence. 

 Et vos deux meilleurs souvenirs de directeur des Chorégies ?

Elektra en 1991 avec Gwyneth Jones et Léonie Rysaneck, deux chanteuses et deux actrices exceptionnelles, puis Don Carlo avec Montserrat Caballé dans  la mise en scène de Jean-Claude Auvray en 1984 avec les peintures de Jean-Claude Chambas et ses éclats de rouge sur le Mur du Théâtre antique.
 Dans les souvenirs vraiment forts, il y a aussi la réaction de Barbara Hendrix, qui m’a appelé tout de suite après les inondations de Vaison la Romaine,  pour  proposer de faire quelque chose : en quatre jours on a monté un concert ! Cinq mille personnes sont venues et la totalité des recettes a été donnée aux sinistrés.
Il y a aussi eu Georges Prêtre en 1999, le voir malaxer cette musique, c’était incroyable !  C’est un de mes plus beaux souvenirs : un homme qui ne bat pas la musique mais qui « donne des intentions ».


Quels sont les artistes pour qui les Chorégies ont vraiment compté ?

Evidemment, Roberto Alagna, le fidèle : de 1993 pour sa première Traviata jusqu’en 2009 pour  Cavalliera Rusticana et Pagliacci, il a chanté tous les ans. Courte interruption en ce moment puisqu’on le trouvera dés 2012 dans Turandot et pour sa prise de rôle dans Samson et Dalila de St Saëns en 2014.
Vittorio Grigolo a aussi vu sa carrière démarrer vraiment à Orange avec Le Requiem de Verdi en 2008, suivi de La Traviata en 2009. On le retrouve cette année dans Rigoletto où il interprétera  le duc de Mantoue et l’année prochaine, il sera Rodolfo dans la Bohème de Puccini.

Le public des Chorégies, vous a t-il offert de beaux moments ?

Je n’ai jamais vu le public d’Orange se tromper  sur la réalité d’un spectacle. C’est du spectacle vivant  et le public n’a pas besoin d’être savant pour ressentir! Même à la Répétition Générale où le public n’est pas forcément connaisseur, la réaction de fin de spectacle ne diffère pas sensiblement de celle de la première. La  magie du lieu existe, la proximité exceptionnelle avec les artistes est une réalité malgré le nombre.  Il y a ce « mur de public » face à la scène et ce qui se passe nous échappe, nous le savons bien. Au moment où le chef arrive, moment toujours d’une rare intensité, le spectacle ne nous appartient plus… La réaction du public a quelque chose d’instinctif.

Quels ont été les moments vraiment difficiles ?

Sans nul doute, Hérodiade en 1987. Elena Obraztsova a annulé la première puis José Carreras, huit jours avant la représentation, suivi dans la foulée par Montserrat Caballé. Il a fallu remplacer les trois rôles : Françoise Garnier, Viorica Cortez et Alain Fondary ont repris les rôles au pied levé et le public, prêt pour une bronca, leur a, cependant, fait un vrai succès. 
On revient toujours à la réalité du public  d’Orange : Il est généreux ! Dans Aida, quand un ténor a perdu sa voix en cours de représentation alors qu’il était très bon au début, il n’a pas été sifflé lors du salut, alors que toute l’équipe des Chorégies, incapable de changer quoique ce soit dans ce déroulement final, craignait le pire.
 Dans les catastrophes de mise en scène, il y a eu Macbeth en 1986. Une forte « tendance à l’improvisation » a mené le metteur en scène, qui avait « une idée à la minute », à s’affranchir des contraintes du calendrier et Dieu sait qu’elles sont serrées aux Chorégies et qu’on doit arriver tout à fait prêt avant même de poser un pied devant le Mur. Les frémissements du public à la Générale auguraient mal de la suite et le spectacle a été hué par le public. C’est à ce moment-là, aussi, que l’on a pris conscience de l’état de délabrement du Mur, car lors de la descente en rappel des  légionnaires, il y eut un nuage de poussière et des chutes de pierres.
 La météo, source de bien d’angoisses, ne nous a jamais contraint à l’annulation d’un spectacle, seulement à des reports. Nous sommes, pour tout savoir, minute par minute, en lien avec la base aérienne d’Orange qui nous fournit une météo extrêmement précise.
  
Comment peut-on situer les Chorégies parmi les grands festivals du monde ?

Les grands festivals sont toujours européens, malgré les tentatives de  pays émergents avec le festival de Balbek, celui d’Abou Dhabi….  Mais les Nuits Blanches de Saint- Pétersbourg, Glyndenborne, Bayreuth… n’ont pas d’équivalents, à part, peut-être le festival de Santa Fe aux Etats-Unis qu’affectionne tout particulièrement Nathalie Dessay. C’est bien en Europe que cela se passe encore.
Les chorégies ont un cahier des charges bien particulier. Il n’y a que six représentations : deux concerts à soirée unique et deux opéras programmés chacun pour deux soirées. Des chanteurs peuvent préférer des festivals qui leur offrent plus de représentations et donc de meilleurs cachets.
Le lieu est immense : plus de  huit mille places, exactement huit mille trois cent dix-huit. Quand on fait chanter des chœurs, quand on recrute des figurants, il s’agit de plus de cent personnes et tout est à cette échelle démesurée. Se tromper dans la programmation d’un Opéra, ne pas remplir  le théâtre, c’est mettre en péril l’avenir des Chorégies et, nul ne sait, qui comblerait un déficit : car l’autofinancement se monte à plus de 80%. Un taux qui n’existe nulle part ailleurs ! C’est, sans doute, le plus grand risque imaginable en matière de spectacle vivant qui se joue là !
Revenons sur l’an dernier et sur Mireille, qui fût une déception de fréquentation, fréquentation encore plus basse que nos prévisions les plus pessimistes. Heureusement, il y eut le succès du concert lyrique pour remonter les recettes.

Il est donc impossible de prendre des risques, de présenter des opéras moins connus ?

Il nous faut, chaque année, trouver le juste équilibre qui garantisse l’identité  et la survie des Chorégies. Il faut donner à voir du nouveau, mais aussi que le public retrouve du connu, tout cela sans prendre de risque financier : c’est bien la quadrature du cercle !
Les risques sont donc à limiter et voici comment nous raisonnons, en connaissant les motivations du public, après une enquête du Cnrs sur la fréquentation des opéras : ce qui attire le public, ce sont d’abord, les titres, ensuite les lieux et, enfin, les artistes. Donc, quand on programme un opéra peu connu, on essaye une distribution avec des artistes que le public aime. C’est ce que nous avons fait pour Cavalliera Rusticana et Pagliacci en 2009, en donnant les rôles-titres à Roberto Alagna.
Cependant, on sait très bien que la faveur du Public va à Verdi et plus précisément encore à Traviata, Aïda et Nabuccho. Deux Verdi cette année, puis l’an prochain, ce sera un été Puccini avec le retour d’Alagna, avant de retourner à Wagner et Verdi et, enfin en 2014, ce sera la prise de rôle d’Alagna dans  Samson et Dalila de St Saëns. Et là, je sais déjà qu’on ne fera pas deux fois  huit mille places…

Y a t-il des opéras qu’on ne peut pas donner devant le Mur ?

Il y a des ouvrages qu‘on dit intimistes et donc pas destinés à Orange, mais ça ne tient pas comme argument ! Des artistes dont on dit qu’ils ne sont pas faits pour cette scène, n’ayant pas assez de puissance, mais ce n’est pas vrai non plus ! Seule la technique compte : rappelez vous Barbara Hendricks !
Il y a des opéras réputés spectaculaires et donc destinés à Orange, mais il y a souvent malentendu ! Le caractère d’une œuvre tient à sa force sur le plan musical et dramaturgique, c’est tout. Aïda, que nous présentons cette année les 9 et 12 juillet, n‘est pas spectaculaire : à part la scène du triomphe, l’oeuvre n’est faite que de rencontres de peu de personnages.

Propos recueilli par Anne Simonet-Avril

Paru dans Prosper, le Magazine culturel, Vaucluse, Avignon, Drôme provençale, Alpilles. N° 26, juillet, août, septembre 2011.



2011 : 11e festival de Lacoste


A la différence de certains, Pierre Cardin, parmi les hommes possédant une fortune et la mettant aux services des arts, n’a de cesse de vouloir en faire bénéficier la population, même si parfois sa générosité est mal comprise. Avec les jeunes artistes, il procède de même. Il met sa notoriété au service de leur carrière débutante. C’est le cas pour Pauline Fillioux. Né à Cavaillon, après des études à Apt, Avignon et Marseille, elle monte à Paris. De fil en aiguille, elle imagine un spectacle hommage à Serge Gainsbourg dans lequel elle mêle de grands portraits des femmes de sa vie, qu’elle a réalisé en scotch utilisés pour celer les cartons - bluffant !-, avec un spectacle musical, piano, contrebasse, batterie, voix reprenant des chansons peu connues du grand Serge. Cette partie de l’aventure, c’est avec l’auteur, compositeur, interprète Yorfela qu’elle l’a mené, avec la complicité de la chanteuse Pauline Ester et de la comédienne Valérie Stroh et sous le parrainage d’Enzo Enzo ! Après un très beau succès à l’Espace Cardin puis à l’Espace Kiron, à Paris, c’est au pays, grâce encore une fois à Pierre Cardin qu’elle présente sa création.

Olivia Gazzano

11e Festival de Lacoste, du 15 juillet au 5 août 2011, carrière du château du Marquis de Sade.  

Paru dans Prosper, le Magazine culturel, Vaucluse, Avignon, Drôme provençale, Alpilles. N° 26, juillet, août, septembre 2011.


De Sainte-Cécile à Vaison-la-Romaine, Musiques dans les vignes, le changement dans la continuité ...


Avec l’arrivée de Pierre Meffre à sa présidence et le retrait souhaité de Philippe Gut, directeur artistique depuis dix-huit ans, le festival creuse désormais son sillon grâce à Gérard Fournau, également directeur général du Centre national d’insertion professionnelle d’artistes lyriques (Cnipal), installé à Marseille : « En accompagnant les solistes du Cnipal invités lors d’une précédente édition, j’avais apprécié la qualité artistique du festival, son ouverture vers un public large ainsi que la convivialité présente dans les villages, avec la participation des vignerons après le concert.. Je m’inscrirai dans le même état d’esprit, en essayant d’offrir au public des cadeaux que j’aimerais également recevoir. »
Le changement se fait donc en douceur, d’autant que la programmation 2011 doit autant à l’ancien qu’au nouveau mentor: « Philippe Gut avait prévu le concert des solistes du Cnipal en ouverture du festival, le 13 juillet. C’est une bonne idée, mais je n’aurais pas osé », s’amuse Gérard Fournau. Sa « griffe », il faut plutôt la voir dans le spectacle donné au château de Malijay, à Jonquières. Le Rideau rouge, création d’après une nouvelle de Gérard de Gissac pour récitant, François Marthouret, et pianiste, Ilya Rashkovskiy, abordera avec originalité le répertoire romantique, de Chopin à Rachmaninov. « Cette forme inédite au festival est un clin d’œil à Daniel Ceccaldi, qui fut à l’origine de Musiques dans les vignes », souligne Gérard Fournau.
Avec le duo de musique de chambre Alma (piano-violoncelle), le festival découvrira deux musiciens dont les rares apparitions correspondent à autant de coups de cœur. Place ensuite au renommé Quatuor Élysée, ou la rencontre au sommet des écoles russe et française, avec au programme Haydn, Schubert, Beethoven. Autre rencontre, mais franco-italienne, avec les musiciens du Quatuor Antarès. Ils reviennent au festival en compagnie de l’altiste David Vainsot pour interpréter notamment le quintet n°4 K516 en sol mineur de Mozart. Enfin, le festival se terminera par deux concerts empreints de fougue et de virtuosité avec les quatre musiciennes du Quatuor Sine Qua Non qui revisitent la danse à travers l’histoire, depuis Lully jusqu’au tango de Piazzola ; puis avec les quatre brillants saxophonistes du Quatuor Habanera lancés dans un répertoire qui s’étendra de Bach à Michel Legrand en passant par Ligeti. Après tant de siècles survolés, ils auront bien mérité un verre de côtes-du-rhône…

Festival Musique dans les vignes, du 13 juillet au 5 août 2011, 21 h 30, www.musiquesdanslesvignes.com

Renaud Bertoli

Paru dans Prosper, le Magazine culturel, Vaucluse, Avignon, Drôme provençale, Alpilles. N° 26, juillet, août, septembre 2011.


Saint-Paul Soul Jazz, Nuits du Val des Nymphes, Parfum de jazz, un été très jazzy en Drôme provençale


Les premières notes  de Soul jazz retentiront à St Paul trois Châteaux le 8 juillet et la soirée cubaine de clôture de Parfum de jazz à Buis les Baronnies, se tiendra le 20 août. Entre temps, il y aura eu les Nuits du Val des Nymphes à la Garde Adhémar. Après un mois de juillet toujours trop intense, on prendra le temps d’apprécier les belles nuits d’août en musique. Quelle belle idée un festival de fin d’été !

Avec St Paul Soul Jazz, sixième édition préparée par l’équipe d’Emergence, tout l’héritage de la musique noire américaine est revu, revisité et interprété par des jeunes européens. Une belle preuve de l’universalité de ces rythmes dans un festival à la fois tout public et très pointu!  Au cœur de la vieille ville, ce sera la fête, une fête très bon enfant faisant se côtoyer jeunes et moins jeunes devant un mur de scène qui ferait rêver plus d’un festival prestigieux : la très belle façade de l’hôtel de Castellane (fin dix-huitième siècle) et la silhouette de la cathédrale. Les concerts présentent deux groupes par soirée et donc trois longues et belles soirées, les 8, 9 et 10 juillet à 21h 30. Au programme : Get Up feat avec Linda Muriel  de Londres et The Cherry Bopper de Bilbao. Deuxième soirée avec deux groupes londoniens : The Grits et Speedometer feat. Soirée de clôture avec Filthy Six de Londres et The Sweet Vandals, de Madrid.

A la Garde Adhémar, les amis des amis viendront charmer les nymphes, trois soirs de suite du 15 au 17 juillet. La formule est sympa: un jeune talent à découvrir en ouverture à 19 h, un repas sur place et un second concert à 21h30. A retenir tout particulièrement le concert  du 16  juillet, regroupant Daniel Humair à la batterie, Louis Sclavis à la clarinette, Bruno Chevillon à la contrebasse et au saxo Jean-Charles Richard : une rythmique impressionnante d’inventivité ! En première partie, un accordéoniste à découvrir :  Vincent Periani.

Parfum de jazz propose 17 concerts dans huit villages de la Drôme provençale, ainsi que des animations gratuites, des apéros musicaux et toujours du swing bien tempéré. On reste dans le classique et les valeurs sûres: ouverture du festival à St Restitut avec un hommage à Miles Davis le 8 août . Des temps forts avec un hommage à Amstrong, pour le quarantième anniversaire de sa disparition : Denise King chantera « The Good Book » avec le choeur Cantaréunion de St Paul, sur la place Castellane, le  11 août. La veille, même lieu, concert de Didier Lockwood avec son nouveau quintet : les Jazz Angels. Le  12  août, un concert en solidarité avec le japon présentera la diva japonaise: Charito. La Garde Adhémar prendra le relais, les 13 et 14 août : hommages à Miles Davis puis à Ella Fitzgerald. Le festival rejoint ensuite Buis les Baronnies, son lieu de naissance à la fin des années 90 : de nombreuses animations gratuites en ville seront proposées :  apéro-swing, siestes musicales, balade en musique et, bien sûr, ateliers. Un hommage sera rendu à Gainsbourg les 15 et 16 août avec en fin de soirée la projection du film de Joann Sfar. Une soirée flamenco-Jazz est programmée le 18 avec Caja negra. Enfin, le 20, soirée de clôture cubaine avec Janysett McPhersen quartet. Quel mois d’août réjouissant!!!
Mention spéciale : le chœur Cantaréunion présentera le 9 août à 21 heures à l’Abbaye de Bouchet et le 12  à Montbrun-les-bains, les chants créoles de la Réunion et de Madagascar.

 Anne Simonet-Avril

Paru dans Prosper, le Magazine culturel, Vaucluse, Avignon, Drôme provençale, Alpilles. N° 26, juillet, août, septembre 2011.

Festival de quatuor à cordes du Luberon, vers un souffle nouveau


Après 35 ans d’existence et l’arrivée d’une nouvelle présidente à sa tête, l’heure est à l’évolution pour l’un des plus anciens festivals du Vaucluse. Ce que confirme Marianne Abate, membre du comité d’organisation : « Hélène Caron-Salmona a souhaité en resserrer la durée. Des trois concerts organisés chaque week-end des mois d’été, nous en programmons dorénavant un tous les soirs du 14 au 28 août. Au-delà du public local et des résidents secondaires, nous espérons ainsi conquérir de nouveaux spectateurs amoureux des quatuors à cordes en les incitant à venir passer quelques jours dans la région. »
Autre nouveauté, avec la création de deux académies dans les châteaux de Lourmarin et de Saumane-de-Vaucluse, où de jeunes quatuors étudiants pourront bénéficier pendant une semaine des conseils de quatuors aussi réputés que Manfred et Antarès ; quatre concerts de fin d’après-midi dans des villages du Luberon ponctueront ces académies. Enfin, le festival organise également des masters-classes réservées aux jeunes musiciens, « ce qui pourrait permettre de rajeunir notre public », conclut Marianne Abate.
Malgré ces évolutions, l’exigence artistique et la diversification des lieux restent les points forts du festival international de quatuors à cordes du Luberon. À côté des ensembles précédemment cités, et dont la réputation n’est plus à faire, la venue des quatuors Signum, Arpeggione, Zaïde et Rubens dans des cadres aussi magiques que le cloître de l’abbaye de Silvacane, les églises de Cabrières, Goult et Roussillon, le théâtre des Terrasses, à Gordes, ou le jardin du château de Saumane-de-Vaucluse augurent de grands moments musicaux.

Renaud Bertoli

Festival international de quatuors à cordes du Luberon, du 14 au 28 août 2011.

Paru dans Prosper, le Magazine culturel, Vaucluse, Avignon, Drôme provençale, Alpilles. N° 26, juillet, août, septembre 2011.



Musicales en Tricastin, la tentation lyrique


Dix ans déjà ! Du 22 au 29 juillet, dans ses lieux habituels de concerts, fidèle à ses exigences de qualité, la manifestation tricastine nous promet un coup d’éclat avec Carmen en version de concert.
Mais ce ne sera pas la seule occasion lyrique. La cathédrale offrira ses voûtes claires aux voix enfantines de la maîtrise de l’Opéra National de Lyon. Un programme varié, « Opéra et canzone » avec Rossini, Britten, Bizet… dirigé par Karine Locatelli.
La cour d’honneur de Suze retentira  des éclats de rire et des éclats musicaux d’un quatuor qui décoiffe : à bas les concerts coincés ! Passer du rock à l’opéra sans renier la qualité du chant, dépoussiérer l’opéra, se moquer de son côté vieux jeu tout en donnant à entendre les plus beaux airs…. Il y aura de quoi bien s’amuser avec ce « Boys Band » un peu particulier.
Carmen de Bizet sera donné à St Paul 2003. Une valeur sûre dans une  version pour orchestre avec mise en espace. Solistes : Catherine Séon et Philippe Noncle, choeur et orchestre Artemus dirigé par Karine Locatelli. L’occasion  d’aller réentendre ces airs si connus qu’ils chantent  tout seuls dans notre tête : bien sûr, l’amour est enfant de bohème…
Ces nouveautés ne doivent pas faire oublier les valeurs sûres de ce festival : un concert de Musique de chambre à la cathédrale avec la société de musique de Montréal et la violoncelliste Velitchka Yotcheva, dans un programme offrant les plus belles pages dédiées à cet instrument : Schubert, Chopin, Brahms et Haydn
et l’enchantement des nuits de piano à Suze-la-rousse qui sont la signature de ce festival depuis sa création. Les dix grandes sonates romantiques seront interprétées par des fidèles du festival : David Bismuth et Sandra Chamoux pour la première soirée et Pierre-Laurent Boucharlat avec Gérard Gasparian pour la seconde, sous les étoiles avec intermède gourmand en guise d’entracte.

Anne Simonet-Avril

Musicales en Tricastin, du 22 au 29 juillet 2011. www.assodivertimento.org

Paru dans Prosper, le Magazine culturel, Vaucluse, Avignon, Drôme provençale, Alpilles. N° 26, juillet, août, septembre 2011.




Avignon Tremplin Jazz, un anniversaire XXL


Les amateurs de jazz devraient se souvenir longtemps de la 20e édition d’un festival qui mêle avec bonheur la découverte gratuite de jeunes talents et la présentation de têtes d’affiche, tant l’association qui œuvre à son organisation a cassé sa tirelire pour cet anniversaire.
L’ouverture se fera en beauté (02/08) avec la projection d’un documentaire de Bernard Fèvre sur Chet Baker suivi du concert de Stéphane Belmondo, que le légendaire jazzman avait adoubé à ses débuts en l’invitant à jouer avec lui. Pour l’un des plus brillants interprètes de la trompette et du bugle, ce concert sera l’occasion de revenir en Vaucluse où il a enregistré son dernier album, au studio de la Buissonne. Il sera accompagné du même trio que sur ce The same as it never was before : Kirk Lightsey, Sylvain Romano et Billy Hart.
Après les deux soirées consacrées au tremplin européen avec six formations venues de France, Belgique, Hollande et Allemagne (03 et 04/08), le festival fêtera le retour d’Aldo Romano, batteur incontournable de la scène française (05/08), avec un hommage à une autre étoile, Don Cherry, que célèbre son dernier album, Complete communion to Don Cherry. Là aussi, les musiciens de l’enregistrement, Henry Texier, Géraldine Laurent et Fabrizio Bosso, seront de la partie. S’il n’est pas nécessaire d’en rajouter sur la venue d’Érik Truffaz (06/08), véritable star du moment, le concert du prodige cubain Harold Lopez Nussa (07/08) devrait constituer un magnifique bouquet final. Né dans une famille de musiciens de La Havane, il a été reconnu par ce monument du piano qu’est Chucho Valdès : « Ce jeune pianiste est à l’avant-garde d’une nouvelle génération de musiciens. Il possède un son subtil, des idées brillantes et un style musical unique ! » Et pour que la fête soit plus belle, son quartet bénéficiera du renfort de David Sánchez, saxophoniste portoricain à l’éloquent CV : Eddie Palmieri, Dizzie Gillespie, Tito Puente…
Au-delà du plaisir d’offrir cette spectaculaire programmation, Jean-Michel Ambrosino, président du Tremplin Jazz Avignon depuis 2008, préfère tirer un coup de chapeau : « Je voudrais rendre hommage aux créateurs du festival. Derrière l’esprit associatif qu’ils ont insufflé, il existe une vraie histoire d’amitié et la recherche d’une grande qualité musicale. Je leur dois beaucoup, car j’ai découvert le jazz grâce aux concerts du tremplin, et ma première grande émotion fut pour Stéphane Belmondo. » La boucle semble donc bouclée. Venez nombreux pour souffler les bougies !

Renaud Bertoli

XXe Tremplin Jazz Avignon, du 2 au 8 août, cloître des Carmes, Avignon. 

Paru dans Prosper, le Magazine culturel, Vaucluse, Avignon, Drôme provençale, Alpilles. N° 26, juillet, août, septembre 2011.

Chorégies d'Orange, 2010, l'heure des bilans

Millésime de tous les stress pour les organisateurs, 2010 est en contrepartie une bonne année sur le plan financier : la fréquentation de Tosca et, plus inattendue, celle du concert lyrique –ont permis de compenser le manque de spectateurs de Mireille.
Les Chorégies qui doivent s’autofinancer à 80%, année après année, pour assurer leur survie n’ont pas droit à l’erreur de programmation, ce qui leur laisse peu de liberté. Pourtant le risque de présenter Mireille, cet Opéra mal connu de Gounod, a été pris. Ce fût une réussite artistique, saluée par la critique mais boudée par le public : deux soirées et 4.000 spectateurs à chaque fois, soit 50% seulement des places vendues. Les deux représentations de Tosca se sont jouées à guichets fermés et la surprise vient du concert lyrique ( Nathalie Dessay, Juan-Diego Flores) qui a fait le plein.
35.890 spectateurs générant 3.443.150 euros de recettes de billetterie ont permis de monter le taux d’autofinancement à 81%.
Côté accumulation de difficultés, le directeur général des Chorégies, Raymond Duffaut, avoue « trouver plus facile de remplacer au pied levé un chef, un chanteur qu’un disjoncteur ». Au delà de la boutade qui concerne l’annulation de la répétition générale de Mireille et l’évacuation du théâtre pour panne générale d’électricité, on imagine les répercussions de cet « incident » s’il avait eu lieu le soir de la première de Tosca avec la retransmission télévisée en direct… Pauvre Mireille, la répétition précédente avait déjà été annulée pour cause d’orage… La première représentation qui a eu lieu avec si peu de préparation a été, un moment, perturbée par une averse et pourtant, ce fût une réussite! La seconde, elle, s’est enfin déroulée sans anicroches. Mais ce n’est pas tout : il a fallu remplacer, in extremis, le chef d’orchestre pour la répétition générale de Tosca et trouver un remplaçant à Fazil Say, pianiste du concert symphonique…
Gageons que 2011 sera une année d’un calme parfait ! Année consacrée à Verdi avec Aïda et Rigoletto, Aïda en co-production avec le festival de Massada en Israël : réalisation identique de Charles Roubaud et deux distributions différentes.
Le bilan est aussi artistique et pour un millésime où les jeunes chefs ont eu la part belle, on ne peut que saluer le talent de : Mikko Franck dans Tosca, Alain Altinoglu dans Mireille et Kwame Ryan dans le concert symphonique.

Anne Simonet-Avril, septembre 2010

En 2010, les Chorégies font des miracles


Robert Fortune, le metteur en scène
Rosalie Varda, la costumière
 et Raymond Duffaut, le directeur du festival,
entourés des  interprètes de Mireille

Quand les partitions volent, volent au vent et que les notes s’envolent, quand les averses d’été s’abattent et que la technique est mise à mal, restent les artistes qui font face et réussissent à nous enchanter envers et contre tout.
On se souviendra, lors du concert lyrique du 17 juillet, d’un Juan Diego Flores découvrant Orange dans les bourrasques et la poussière… Angoissé en tout début de récital, il fût merveilleux dans la deuxième partie et dans le duo de la « Fille du régiment » interprété avec Nathalie Dessay qui s’est battue contre le mistral pour sauver ses partitions, sans oublier de minauder et sans que ses vocalises ne s’en ressentent. « Voyons, écoutons et jugeons » chantait-elle : Eh bien bravo Madame! Vous avez su nous charmer au milieu des éléments déchaînés.
Après quarante ans d’absence à Orange, le Mireille de Gounod a débuté comme un authentique parcours du combattant : annulation des deux répétitions, évacuation du théâtre antique lors de la Générale, averse –heureusement passagère- lors de la première représentation, et pourtant, ce fût une belle Mireille avec un parti pris esthétique tout à fait réussi : le choix du costume arlésien épuré tel que Léo Lelée l’a peint, belle gamme de couleurs pour faire vibrer les farandoles, moires superbes pour les costumes de Mireille : le travail de la costumière, Rosalie Varda, était de toute beauté. La qualité des images projetées sur le mur du théâtre, évoquant la silhouette d’Arles, les carrières du Val d’enfer, dessinant les roseaux dans le vent… a su créer une atmosphère poétique, animée par belles variations de lumière pour suggérer le passage du temps et la vie de la nature. Quelques objets symboliques : un panier de vannier, quelques bottes d’osier, une charrette, suffisaient alors pour évoquer une Provence toute de légèreté avec quelques moments d’intensité poétique ou dramatique particulièrement réussis. La mort d’Ourrias, qui semblait interminable dans la version proposée par l’Opéra de Paris, est devenue ici, dans le frémissement de roseaux, le lever de lune et le sol devenu étonnamment mouvant un moment d’un rare beauté plastique et d’une grande intensité dramatique.
Il faut saluer la performance -elle est en scène presque sans interruption- de Nathalie Manfrino dans le rôle titre. Une seule réserve : elle est, peut-être, un peu trop lisse pour être cette flamme qui se consume depuis le début… Florian Laconi, était un parfait Vincent : l’amoureux rêvé. Le baryton, Frank Ferrari manquait un peu de puissance dans le rôle d’Ourrias. Etonnante Taven, Vincenette tout à fait juste…
Oui, c’était une belle Mireille, une aimable transposition du temps jadis, sans mièvrerie aucune : Mistral aurait aimé.

Anne Simonet-Avril, septembre 2010

Chorégies d'Orange, Tosca 2010


Nadine Duffaut, la metteur en scène,
entourée d'une partie des interprètes
 - dont Roberto Alagna à sa gauche -
et de l'équipe de réalisation.

C’est devant un immense tableau représentant la marquise Attavanti que se sont produit les 15 et 17 Juillet le ténor vedette Roberto Alagna (dans le rôle de Mario Cavaradossi) et deux nouveaux venus sur la scène orangeoise : La soprano américaine Catherine Naglestad dans le rôle titre de Tosca et le baryton basse allemand Falk Struckmann dans celui de l’ignoble Scarpia.
Au pupitre, le chef finlandais Mikko Franck, a su nous donner une version magistrale de l’œuvre de Puccini, en osmose totale avec un orchestre philharmonique de Radio France au meilleur de sa forme, faisant ressortir toutes les nuances de la partition.
Servie par une mise en scène élégante, où dominent le rouge et le noir, la soprano Catherine Naglestad, diplômée du conservatoire de San Francisco, lauréate du concours Maria Callas et invitée à se produire sur les plus grandes scènes lyriques, interprète avec une grande émotion son personnage de Tosca.
Son Vissi d’Arte, tout en nuance est d’une grande élégance.
Le baryton basse allemand Falk Struckman, qui s’est produit récemment à l’opéra Bastille dans le rôle de Wotan de la tétralogie de Wagner, campe un Scarpia terrifiant avec certes quelque faiblesse dans les aigus mais une grande puissance dans les graves et une présence hors du commun en tortionnaire bourreau.
Enfin pour sa douzième prestation aux Chorégies d’Orange, le ténor Français Roberto Alagna a su retrouver son incomparable prestance et une belle ligne de chant, qui en fait l’artiste lyrique français le plus attachant et le plus populaire.
Ainsi cette Tosca fera date et restera comme un grand moment d’émotion.

Christophe Mazel, août 2010

Fazil Say, Kwamé Ryan : un concert qui s'annonce brillant

Le concert symphonique donné le 6 août 2010 aux Chorégies d’Orange mettra à l’honneur Tchaïkovski avec le concerto n°1, pour piano et orchestre, en si bémol mineur et la symphonie n°6, en si mineur, dite “ Pathétique “. Elle sera dirigée par Kwamé Ryan, à la tête de l’orchestre Bordeaux-Aquitaine tandis que Fazil Say, au piano, en sera le soliste invité.
À quarante ans (il est né à Ankara en 1970) Fazil Say n’a rien perdu des élans irrépressibles de sa jeunesse ; au contraire, même, il semble plus débridé que jamais, mais avec cette sûreté de contrôle qui lui permet de passer d’un bouillonnant fortissimo à briser les marteaux sur les cordes au pianissimo le plus immatériel, d’un jeu cristallin aux attaques impitoyables, des traits rageurs aux mélodies aériennes. Et comme il joint le geste physique à l’expression musicale, il peut tendre une mains libre, sauter sur son tabouret ou donner à lire sur son visage toute la détresse du monde ou toute la joie.
On se dit, à le regarder, qu’il en fait trop mais, à l’écouter, même quand il dote un concerto de Beethoven d’une cadence de son cru, on n’a pas besoin de se demander s’il est juste : il l’est souverainement.
Consacré, dès 1998, par un enregistrement de sonates de Mozart, il avait frappé par un jeu acéré et vivant, nourri par la vitalité du pianiste de jazz qu’il a toujours été, sans interférences de style cependant sauf dans son adaptation du Rondo alla turca. Un disque Gershwin puis une transcription virtuose du Sacre du printemps, balisent bientôt un univers où prennent place ses propres compositions pour piano et orchestre et les sonates de Beethoven ou de Haydn. Quant au Concerto de Tchaïkovski, gravé en 2001, il le revisite régulièrement, sans doute parce qu’il peut y être tour à tour classique avec un jeu perlé et hyper romantique dans le vaste premier mouvement, tendre dans l’Andantino semplice et exubérant dans l’Allegro con fuoco final.
Mais dans un tel concerto (créé à Boston en 1875 par Hans von Bülow) où l’élément symphonique revêt une si grande importance, le chef d’orchestre est un partenaire essentiel. Fazil Say a besoin de trouver à qui parler et, précisément, Kwamé Ryan, directeur artistique et musical de l'Orchestre National Bordeaux Aquitaine depuis 2007, a mis à profit sa curiosité et sa remarquable capacité d’assimilation pour s’illustrer dans le répertoire lyrique du XXe siècle sur les plus grandes scènes. Quand on a dirigé, Nono, Britten, Pesson ou Eötvös, on n’aborde pas Tchaïkovski avec les mêmes oreilles qu’un chef de répertoire.
Car cette musique, qui suscite toujours autant d’enthousiasme que de haine passionnée, demande autant d’attention et de fraîcheur d’approche que celle de Mozart ou de Schumann. Mais surtout, on l’oublie, loin d’être engluée dans un romantisme obsolète, elle reste très actuelle, tant par son esthétique, qui continue de séduire, donc de parler, que par sa facture. Chostakovitch n'affirmait-il pas que l'audition d'une de ses oeuvres symphoniques était une leçon d'instrumentation ?
On a surtout accusé Tchaïkovski d'avoir échangé son âme russe contre l'académisme occidental en l'opposant à Borodine, aux fulgurances de Moussorgski ou à l'orientalisme Rimski-Korsakov sans se demander si cela avait un rapport direct avec la tradition slave. En réalité, l'affirmation de Tchaïkovski : « Je suis Russe, Russe, Russe jusqu'à la moelle des os ! » n'a jamais été démentie par ses compatriotes ; ce sont les étrangers qui en doutent.
Composée en 1893 et créée à Saint-Pétersbourg sous la direction de Tchaïkovski quelques jours avant sa fin prématurée, la Symphonie pathétique qui sera interprétée en seconde partie de concert ne saurait être réduite à son titre ou à quelque programme secret. André Lischke y a vu une « rétrospective autobiographique […] un requiem pour soi-même résultant d’une prémonition que le compositeur aurait eu de sa fin prochaine ». Mais c’est, plus généralement, à cette succession d’espoirs et de drames dont est tissée l’existence de tout être humain que la symphonie tire son inspiration et bouleverse l’auditeur sans qu’il sache précisément pourquoi. Peut-être simplement parce que la musique est belle, d’une beauté qu’on devine fragile et périssable, donc pathétique.

Gérard Condé, paru dans le n° 25 juillet-août 2010

Cavalleria Rusticana et Pagliacci, que du bonheur !

Le 1er et le 4 août derniers, les Chorégies d’Orange clôturaient leur édition 2009 par deux opéras donnés le même soir, avant de s’envoler vers Balbek, en Syrie, où une collaboration reportée en 2008 avec le festival de la ville, allait enfin être inaugurée avec une représentation de la Traviata.
Cette jolie expression populaire s’applique si bien aux représentations de Cavalleria rusticana de Mascagni et de Pagliacci de Leoncavallo, que je n’y résiste pas. Et pour tant de bonheur, il faut bien des réussites menées de front, tressées ensemble pour ce moment unique.

D’abord, une merveilleuse direction musicale de l’orchestre National de France par un Georges Prêtre, étonnamment jeune; puis une distribution idéale des rôles-titres avec la bouleversante Santuzza de Béatrice Uria-Monzon et l’extraordinaire baryton Coréen, Seng-Hyuon Ko dans le rôle d’Alfio : deux interprètes avec une présence scénique remarquable. La star Roberto Alagna habitait bien son rôle de Turridu, et, comme tout grand séducteur, cherchait et trouvait, parfois, la voie la plus facile… Mais on ne lui en voudra pas : il y a tant de plaisir à se laisser séduire.
La mise en scène utilisait bien tout le plateau, certes au prix de marches forcées pour Santuzza et avec quelques processions ecclésiastiques un peu kitsch en fond de scène, mais finalement cette évocation de la Sicile en noir et gris fonctionnait bien, avec des chœurs qui savaient bouger et occuper cet espace gigantesque.
Ce fût bien difficile de se reprendre, de faire abstraction de ses émotions, d’ oublier ce bonheur, en un mot de faire place nette, pour entrer dans Pagliacci. Est-ce une bonne idée de donner les deux opéras en une seule soirée ? Pas sûr…
En tout cas, ce fût étonnant de découvrir un espace presque intime, de voir se construire un petit cirque sous nos yeux exactement comme le font les circassiens avant chaque représentation. Le parti pris des costumes : couleurs acidulées et jupes en corolles des années cinquante pour des chœurs créant et défaisant un deuxième cercle autour de la piste était bienvenu. Toujours extraordinaire, le baryton coréen ( finalement la révélation de la soirée !) clown tout de noir vêtu ! Le duo Roberto Alagna, Inva Mula m’a paru moins bien accordé que celui du premier opéra et la voix du ténor parfois un peu métallique. Le drame pourtant court m’a cependant semblé avoir quelques longueurs… Ou était-ce la fatigue et la difficulté de se concentrer ? Il me reste néanmoins de belles images du désespoir d’un Alagna grimé en clown blanc.
Et puis j’ai flotté dans le bonheur cette nuit-là et tout le jour suivant ; ça chantait, tout seul, dans ma tête. Que du bonheur !

Anne Simonet-Avril, paru dans le numéro 20 septembre-octobre 2009.
De gauche à droite : Florian Laconi, Anne-Catherine Gillet, Raymond Duffaut, Inva Mulla, Georges Prêtre, Rosalie Varda, Roberto Alagna, Béatrice Uria-Monzon, Jean-Claude Auvray, Janine Reiss, Seng-Hyoun Ko.

La Mélodie et le Lied s'encrent à Gordes

Heureux Vaucluse ! Terre d’accueil des artistes le temps d’un concert, d’une classe, en vacances ou en résidence.

C’est le cas de Monic Cecconi-Botella qui après une carrière de professeur au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (Analyse Musicale) a choisi d’élire domicile à Gordes. Cette femme discrète n’en est pas moins une des rares compositrices françaises. Grand prix de Rome de composition musicale en 1966, c’est à l’issue des trois années passée à la Villa Médicis, à Rome, qu’elle prit ses fonctions en tant que professeur au Conservatoire.
Ses propres compositions comportent un nombre important d’œuvres de musique de chambre et de musique vocale, ainsi que des œuvres symphoniques et plusieurs opéras. Noctuaile, sur un livret de René David, obtient le Grand Prix de l’Académie du Disque français et du Film Musical en 1984. Radio-France lui commanda La Femme de l’Ogre, sur un livret de Pierrette Fleutiaux qui représenta la France au Prix Italia en 1989. A Tours, en 1991, elle crée Il signait…Vincent, opéra-passion sur la vie de Vincent Van Gogh... Et on peut encore attribuer à son catalogue plusieurs opéras pour et par les enfants, créés dans diverses régions de France.
De 1995 à 2001, elle fut conseiller artistique pour la ville d’Enghien-les-Bains et créa aussi L’Ensemble Orchestral Thème et Variations avec lequel elle assura de nombreux concerts en région parisienne.
Passionnée par le chant, c’est encore à Enghien qu’elle crée les rencontres sur la voix: A portée de voix.
Elle ne pouvait donc se passer de ce qui n’est pas un métier, mais une passion, un mode de pensée et un art de vivre tout à la foi.
Elle repart donc dans une autre aventure et crée à Gordes en 2008 EOL -Les Saisons de la Voix consacrées essentiellement à la Mélodie et au Lied dans un double but d’aider à la promotion des jeunes chanteurs et chanteuses et de faire mieux connaître ce répertoire au public.
Formes adaptées au salon, et donc très appréciées au début du XXe siècle, la Mélodie et le Lied furent peu à peu abandonnés au fur et à mesure que les salles de spectacles devinrent les nouveaux lieux d’écoute. Se sont pourtant deux genres probablement plus abordables que l’opéra parce que les morceaux sont courts, les paroles empruntées à des textes poétiques, la prononciation excellente et le nombre d’acteurs limité à une voix et un pianiste, plus rarement un ensemble instrumental. Si la Mélodie est née avec le romantisme, aux alentours des années 1840 en France, c’est au XVIe siècle, au minimum, que remonte le Lied, en Allemagne.
Les jeunes candidats souhaitant actuellement exercer leur talent dans cette discipline ne manquent pas. Les deux précédents concours organisés par les Saisons de la voix en novembre 2008 et 2009 en sont la preuve.
Les six lauréats retenus à chaque cession se sont vu offrir trois jours de formation avec Jeff Cohen à Gordes. Car Monic Cecconi-Botella attire dans son sillage les plus grands.
Professeur au Conservatoire de Paris, Jeff Cohen a été chef de chant à l’Opéra de la Monnaie à Bruxelles, professeur à l’Ecole d’Art Lyrique de l’Opéra de Paris, responsable musical au Théâtre du Châtelet et conseiller à la Bibliothèque Nationale de France pour une série de concerts sur la mélodie française.
Il a enregistré plusieurs disques : des mélodies de Duparc, Fauré, Hahn, Gounod, Loeffler avec François Le Roux ; des lieder de Mozart au pianoforte avec Véronique Dietschy ; des chansons de Kurt Weill et de cabaret avec Ute Lemper ; deux pianos avec Noël Lee; de la musique de chambre avec Carol Robinson, Pierre Lénert, François Daudin-Clavaud, les chansons de Boris Vian avec Luis Madureira, des fados au piano avec Luisa Cruz…
Il faut dire que cet américain d’une cinquantaine d’année fait partie de cette nouvelle génération capable de s’illustrer aussi bien dans des registres classiques que plus populaires, une manière de mettre le pied à l’étrier à toute une franche de public peu intéressé spontanément par le répertoire classique.
Il a aussi composé des musiques de scène et de films : Les Sentiments de Noémie Lvovsky, Consentement mutuel de Bernard Stora, Tombés du ciel de Philippe Lioret, Riens du tout de Cédric Klapisch, Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? de Coline Serreau, Les Caprices de Marianne mis en scène par Lambert Wilson et Le Jour d’avant, après, une chorégraphie de Thierry Niang.
Il se consacre pourtant essentiellement à la formation de grand chanteur lyrique, tel Roberto Alagna ou de variété. Son talent de pédagogue, son sens du contact avec les jeunes, sa façon de les faire entrer dans l’intimité de l’œuvre et la compréhension du texte font de sa présence à Gordes durant trois jours, un évènement pour ces six jeunes lauréats du concours. Notons d’ailleurs que vous et moi pourront assister en auditeur et cela gratuitement à cette master class.
On les retrouvera tous le 16 juillet 2010 aux Terrasses de Gordes en compagnie de June Anderson, soprano, invitée des plus grandes scènes européennes et des Etats-Unis et qui fera à cette occasion escale dans le Luberon.

Olivia Gazzano, paru dans le n°23 mars-avril 2010.

Cavajazzn ça swingue à Viviers

SMAC, SMAC, l’acronyme est joli : il fait un bruit de baiser dans une BD.

Et ça leur va bien à l’équipe de Cavajazz, souvent un peu farceuse, ne se prenant pas au sérieux et faisant du bon, du très bon boulot, depuis des années. En 1994, ils étaient déjà connus comme « le seul club de jazz en milieu rural « !!! Les voilà 15 ans plus tard, installés dans le petit théâtre de Viviers restauré pour eux (beau lieu, bonne acoustique), à deux pas du Rhône, et devenus Scène de Musique Actuelle Contemporaine (Smac). Pour cela, ils ont mis en commun leur programmation et leurs projets avec deux autres structures Ardéchoises: la Presqu’ile d‘Annonay et l’Art scène à Payzac. Encore une invention du milieu rural : mutualiser ses moyens du nord au sud du département pour mieux s’inscrire dans un territoire et obtenir ce label d’Etat délivré par la Direction Régionale des Affaires Culturelles, label qui leur donne les moyens d’accueillir des musiciens en résidence et de pérenniser le festival lancé en juin 2009: Jazz sous les platanes.
L’homme qui a des racines ici, c’est Philippe Euvrad, musicien-président de Cavajazz, persuadé que la musique peut être un facteur de développement du territoire. Il suffit de penser à Jazz in Marciac pour être tout de suite d’accord avec lui. D’accord aussi pour se souvenir que le Jazz a irrigué toutes les musiques du vingtième siècle et qu’aujourd’hui toutes celles qui se réclament de lui, ont droit de cité à Cavajazz. C’est naturel, c’est aussi la pertinence du lieu que de s’affirmer généraliste : jazz et musiques du monde afin de gagner un public suffisant. Public qui fait confiance aux choix de l’équipe même quand il ne connaît pas toujours les artistes, public qui apprécie la convivialité des soirées et les jolis moments des « cup of jazz », les rendez-vous des dimanches en fin d’après-midi.

Un aperçu des prochains rendez-vous de 21 h
6 novembre : General elektiks, groove, soul et rock; le 14, Marion Rampal, une « demoiselle à épines » et des chansons sauvages, jazz-rock; le 20, Emile parisien quartet… et pour ouvrir l’année, le 8 janvier le Workshop de Lyon slogan qui va « déménager » avant le rendez-vous du 23 avec la douceur d’Alvaro Bello, le chilien qui crée des ponts entre jazz et musique populaire de son pays… Et un coup de coeur pour la Cup of jazz du 6 décembre à 17 h: un duo harpe et contrebasse pour un moment d’improvisation.

Pour consulter l’intégralité du programme et écouter quelques minutes de musique de chaque spectacle à venir: http://www.cavajazz.fr/

Chorégies d'Orange 2008: Carmen

Carmen ? C'est l'évidence même, créé en 1875, l'oeuvre s’est pourtant attiré les accusations de facilité et de mauvais goût. D'avance, Bizet y avait répondu : « Quand un tempérament passionné, violent, brutal même, quand un Verdi, dote l'art d'une œuvre vivante et forte, pétrie d'or, de boue, de fiel et de sang n'allons pas lui dire froidement : Mais, cher monsieur, cela manque de goût, ce n'est pas distingué. Distingué ! Est-ce que Michel-Ange, Homère, Dante, Shakespeare, Beethoven, Cervantès et Rabelais sont distingués ? »
Dans la nouvelle de Mérimée (parue en 1847) Carmen est une créature exotique, cousine sauvage de Manon, qui fait basculer le destin de don José « basque et vieux-chrétien » dont elle s'est éprise. Devenue sa romi elle lui reconnaît, selon la loi des calés, le droit de la tuer quand elle refuse de continuer la vie commune. Comme il hésite elle le provoque et, par cette mort volontaire, affirme sa liberté. Pour ce personnage, idéalement incarné par Béatrice Uria-Monzon, fascinant par son étrangeté, par son mépris des convenances, par le défi lancé à l'ordre moral, la mort s'inscrit dans la logique d'un destin choisi, comme Don Juan. Don José n'est pas moins hors la loi : soldat déserteur par passion (cinq ans après la défaite de Sedan, on ne pouvait guère l'absoudre), il joue avec le feu et l'exécution qu'il appelle par son aveu proclamé rétablit l'ordre.
La musique de Carmen, minérale, tonique, colle au texte et à la peau de l'auditeur avec une rare obstination, bien au-delà du piquant des motifs espagnols authentiques ou inventés. Cela tient à l'éloquence des motifs, à la richesse d'une orchestration brillante mais surtout savamment dosée et, plus encore, à l'écriture musicale elle-même qui, sous l'apparente nonchalance d'un accompagnement à la mode italienne, reste toujours soutenue par une pensée contrapuntique. La distance introduite, chez Mérimée, par le ton détaché du narrateur est rendue, dans l'opéra de Bizet, par des épisodes légers ou comiques qui font mieux ressortir les couleurs flamboyantes d’un drame qui n’éclatera qu’à la fin.


Gérard Condé, n°12 mai/juin 2008

Chorégies d'Orange 2008: Faust

Créé en 1859, le Faust de Gounod reste une œuvre méconnue. Méconnue de ceux qui, l'ayant souvent entendue, déclarent en avoir fait le tour, et méconnue de tous ceux qu'ils ont élevés dans cette conviction. C'est ainsi que naissent les idées reçues contre lesquelles il faut régulièrement batailler. Sans doute n'a-t-on plus à démontrer que la terre tourne à ceux qui prétendent, contre l'évidence, que le soleil se lève ; on fait comme si. Mais imaginerait-on de laisser réduire Paris à la tour Eiffel ? Ainsi le Chœur des soldats — cette « Gloire immortelle de nos aïeux » qui dérange les délicats — fait partie de Faust, mais Faust ne se réduit pas à cette page brillante, pas plus que la marche des trompettes d'Aïda n'est représentative d'une partition qui se distingue plutôt par des qualités d'intimité. Par une feinte équité, les rieurs opposent les mérites mieux reconnus de la scène du jardin pour ajouter, avec la même mauvaise foi, que cela ne suffit pas à sauver un ouvrage…
Autre pomme de discorde : que reste-t-il du Faust de Goethe dans le livret de Barbier et Carré ? Les grandes lignes et des emprunts souvent plus textuels qu'on ne le croirait. Mais très peu, naturellement, de ce qui confère à la pièce sa portée philosophique. À l'inverse : que reste-t-il chez Goethe du spectacle de marionnettes qu'il vit à Francfort et dont il s'inspira ? Et peut-on prétendre aussi que Marlowe, ce dramaturge anglais contemporain de Shakespeare, a été plus fidèle à l'original, le Volksbuch de 1587 ? La légende de Faust est du domaine public et il serait aussi téméraire de vouloir mettre en musique le drame de Goethe sans y toucher que de prendre telle quelle la Divine Comédie pour en faire un opéra. Bien d’autres Faust on été écrits après lui, mais celui de Gounod l'a toujours emporté et c'est à son originalité, à sa fraîcheur, à la force tonique de son inspiration qu'il le doit. A la justesse des proportions aussi — la musique n'entrave pas l'action et le drame laisse s'épanouir les fleurs de la partition — comme à la qualité d'une écriture vocale qui ne récuse pas le modèle italien.


Gérard Condé, n°12 mai/juin 2008